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Entre terre et air : découverte de la région de la Cappadoce en Turquie

  • Photo du rédacteur: Emeline & Victor
    Emeline & Victor
  • 23 janv. 2022
  • 9 min de lecture

Dernière mise à jour : 24 janv. 2022

Du jeudi 16 décembre 2021 au samedi 18 décembre 2021

Jour 1 : Découverte de “red et rose valleys”

Nous arrivons à Gorëme, une ville située dans la région de Cappadoce, tôt dans la matinée. Le trajet en bus de nuit a été long et pénible. Bien que les bus turcs soient de loin les meilleurs bus pour passer la nuit (selon notre expérience), les arrêts fréquents et la position assise nous empêchent de dormir d’un sommeil profond.

Pour la première fois depuis le début de notre aventure, nous nous faisons plaisir en séjournant dans un bon hôtel. Comme Victorien nous accompagne, nous réservons une suite parentale, ce qui nous permet ainsi d’économiser quelques euros. Nous arrivons de bonne heure pour déposer nos sacs. Immédiatement, le réceptionniste nous convie à nous rendre au petit-déjeuner qui est, pour cette première journée, offerte par l’hôtel. Une fois rassasiés, nous attendons la préparation de notre chambre à la réception.



La région de Cappadoce en Turquie, en notamment le parc national de la ville de Gorëme, est réputée pour ses formations rocheuses dites « en cheminées de fées », ses habitations troglodytes, ses villes souterraines. Pour nous immerger pleinement dans cette atmosphère, nous avons réservé ce qu’ils appellent « une chambre cave ». Les murs sont recouverts de pierres, l’ambiance est tamisée, les sources de lumière naturelle très légères. L’effet est réussi : on a la sensation de dormir dans une grotte, loin du vacarme de la vie extérieure.

Les quelques panoramas que nous avons eus en arrivant en bus nous ont mis l’eau à la bouche. A peine arrivés à l’hôtel, nous repartons découvrir les environs à pieds. Nous allons jusqu’à « Red et Rose Valleys” (à traduire en français par les vallées rouge et rose). Ces vallées, qui se situent au cœur même des formations rocheuses, tiennent leur nom de la couleur rouge et rose des roches les constituants.

Alors que nous nous promenons dans ce paysage presque irréel, les mots qui nous viennent immédiatement sont “incroyable”, “magnifique”, “impressionnant”, “à couper le souffle”. Les habitants de l’époque se servaient de ces roches pour s’abritaient, creusant à l’intérieur de véritables maisons, et ensuite des églises et des chapelles. Certaines sont construites à une hauteur proche du sol, nous prenons plaisir à les découvrir.




Très vite, nous nous demandons quel phénomène naturel a permis la création de ce paysage étonnant. Vers 253 avant JC, plusieurs éruptions volcaniques ont eu lieu dans la région, recouvrant la terre de lave, se transformant en roche particulièrement facile à travailler. Sous l’effet de la pluie, cette roche s’éroda (et s’érode encore). Les endroits où la pierre est plus solide s’érodent plus lentement, créant alors ses fameuses formations rocheuses.

Nous passons notre après-midi à cheminer entre ces immenses rochers, à visiter les intérieurs lorsque c’est possible, à observer les couleurs qui changent au fur et à mesure que le soleil descend. Il fait froid, on a rapidement les mains, les oreilles et les pieds gelés. On rêve alors d’un vin chaud, l’une des spécialités de la région. Et finalement, à force de marcher, on se rend compte qu’on s’est bien trop éloigné de l’hôtel pour espérer rentrer avant la nuit. La question de prendre un taxi est soulevée, mais nous rentrerons tout de même à pieds. Le vin chaud qui nous attend à notre arrivée n’en est que meilleur.



Ce soir, nous dînons dans un restaurant spécialisé dans les « clay pot » (les pots en terre cuite). Pour amuser les touristes (nous en l’occurrence), le serveur apporte un petit marteau et nous demande de taper tout autour du pot en terre pour l’ouvrir. C’est rigolo, mais ce qui nous ravit le plus, c’est le kebap qu’il y a à l’intérieur (bien différent des Kebab qu’on peut avoir en France, il ne s’agit pas ici de viandes grillées dans du pain, mais plutôt de viandes grillées accompagnées de salades, tomates, concombres et diverses épice. Ajoutez à ça un Aryan, yaourt nature à boire, et vous avez le plat turc typique).

Jour 2 : Vol en montgolfière et ville souterraine

Le lendemain matin, nous nous levons de bonne heure pour vivre une expérience inoubliable : le survol de Gorëme en montgolfière. C’est l’hôtel qui nous a proposé cette excursion à 70€ par personne. Après négociation, nous avons obtenu un prix de 50€ par personne pour 1 heure de vol. Lorsqu’on a parlé autour de nous des prix des tours en montgolfière, on nous a répondu qu’ici, c’est comme la bourse, le prix peut varier d’un jour à l’autre. Il semble que 50€ soit le meilleur prix qu’on pouvait obtenir.

A 7 heures du matin, un mini-bus vient nous chercher directement à notre hôtel et nous emmène sur le site. A ce stade, on voit les montgolfières pas encore tout à fait installées. On nous demande d’attendre dans le mini-bus et on observe la préparation de derrière les vitres : le déballage du ballon, l’installation de la nacelle, couchée dans un premier temps. D’immenses ventilateurs commencent à gonfler doucement le ballon. Dès que celui-ci est suffisamment ouvert, la flamme est allumée. On voit alors le ballon monter progressivement et entraîner avec lui la nacelle, qui naturellement, vient se mettre dans la bonne position. Nous sommes dès lors conviés à prendre place à l’intérieur. Nous sommes dix-huit dans la nacelle, deux navigateurs et seize “touristes”, divisés de manière égale dans les quatre coins de la nacelle.



Petit à petit, la nacelle se soulève, portée par le ballon. L’aventure commence, c’est parti pour une heure de vol. Autour de nous, les autres montgolfières montent aussi. Si, sur terre, nous ne pouvions voir que quelques montgolfières, en l’air nous en voyons au moins une quarantaine. C’est magnifique !

Le navigateur commente le paysage qu’y s’étale devant nos yeux, laisse la montgolfière descendre pour ensuite la faire monter de nouveau. D’où on est, on a parfois l’impression que le ballon n’aura pas le temps de remonter suffisamment avant d’arriver au-dessus de la colline qui nous fait face.




Il ne fait vraiment pas chaud en hauteur, le ciel est blanc, la neige commence à tomber. Nous apprécions la chaleur de la flamme, qui réchauffe notre visage. Peu avant l’atterrissage, le navigateur nous met en garde contre un possible basculement de la nacelle lorsque celle-ci touche le sol. Il nous indique la marche à suivre : tenir fermement les cordes placées au bord de la nacelle. Finalement, nous n’en aurons absolument pas besoin, car, à notre grand étonnement, toute une équipe d’homme nous attendent sur la terre ferme. Lorsque le ballon est proche du sol, ils l’attrapent, et guident la nacelle, qui atterrit directement sur la remorque du pick-up.

De retour les pieds sur terre, nous avons le droit à une petite cérémonie de remise des « certificats » de vol et d’un verre de champagne. L’alcool étant interdit en Turquie, il s’agit d’une boisson rosâtre sucrée qu’on avale très rapidement pour ne plus en parler (ce n’était pas bon du tout !). Bref, outre l’aspect très touristique de cette cérémonie, ça a été l’occasion de passer un petit moment avec le navigateur, de le remercier et de lui poser une ou deux questions. Nous sommes ensuite reconduits à notre hôtel, où notre petit-déjeuner nous attend.





En milieu de matinée, nous nous rendons au musée de plein air de la ville de Gorëme. C’est ici que sont réunies et conservées, les plus belles églises et chapelles construites à même la roche. L’architecture et les fresques colorées nous impressionnent.



Pour terminer notre journée, déjà riche en émotions, nous nous rendons en bus dans la ville de Kaymakli, pour y visiter sa célèbre ville souterraine. Cette cité, construite sous terre par une population paléo-chrétienne, n’était habitée qu’en temps de guerre, sa principale fonction étant la protection. Découverte en 1964, elle est ouverte au grand public quelques années après. D’une profondeur de plus de 20 mètres, la cité compte 8 étages. Les 5 premiers étages sont ouverts au public, ce qui ne représente que 10 % de l’ensemble de la structure.

Dès qu’on fait nos premiers pas dans la cité souterraine, un homme nous propose de nous faire une visite guidée (et en français !). Étant donné le prix qu’on obtient après négociation (5 €), on accepte. On comprend durant la visite à quel point c’est important d’avoir un guide. La structure ne contient aucune explication, juste un enchaînement de couloirs et de pièces toutes aussi semblables que la précédente.

Le guide nous explique le fonctionnement du système d’aération et de communication. On voit les logements des plus modestes et des plus riches, la seule cuisine de la cité dont le four ne fonctionnait qu’un seul jour par semaine, de peur d’asphyxier les habitants. On voit également l’église et le « magasin » où chacun venait acheter son vin. Ici pas de portes, simplement un système de meules de pierre, certaines pour donner de l’intimité aux familles les plus riches, les autres fermées en cas d’invasion. Dans toute l’histoire de Kaymakli, jamais la cité ne fut envahie.




Lorsque nous reprenons la direction de Gorëme, nous constatons avec plaisir que la neige s’épaissit de plus en plus, ce qui donne au paysage un nouveau visage.

Nous dînons dans un très bon restaurant à l’extrémité de la ville. Les soupes et les pides (des pizzas turques en forme de losange) sont délicieuses et nous rencontrons le propriétaire du lieu, sourd et muet.



Sur la route de l’hôtel, on prend quelques photos dans la neige. Puis on rentre tranquillement, nous avons de nouveau une grosse journée demain.

Jour 3 : Randonnée enneigée

Ce matin, nous nous levons tôt pour aller observer le vol des montgolfières au-dessus de Gorëme. C’est une expérience complètement différente de la veille, alors que nous étions nous-mêmes dans la montgolfière, mais tout autant intéressante. De plus, la neige confère au paysage un caractère très différent de ce qu’on a eu la chance de voir jusqu’à présent.



Nous retournons ensuite à notre hôtel pour prendre notre petit-déjeuner et préparer le restant de nos bagages. Nous avons encore la journée à Cappadocia, nous partons ce soir en bus de nuit pour la ville de Sanliurfa.

Nous nous sommes mis en tête de louer des vélos, ce qui ne semble plus une si bonne idée étant donné la neige. Mais, aventurier dans l’âme, nous avons bien envie de tenter quand même. Il nous faut négocier dur pour obtenir un prix convenable pour trois vélos, que le loueur souhaite nous louer aussi cher que la location de deux quads. La négociation terminée, nous découvrons nos futurs bolides. Nous ne nous attendions pas à des vélos neufs, loin de là, mais pas non plus à des épaves. Deux des vélos ont les freins défaillants, le troisième a les deux roues voilées et la selle tellement rouillée qu’on ne peut pas la régler. Nous insistons fortement pour que le loueur effectue quelques ajustements avant nous utilisions les vélos. Pendant un moment, on a l’impression qu’il se moque de nous : il fait mine de resserrer les freins avant de nous dire “it’s okay, it’s okay”. Dur dur de lui faire comprendre que non, avoir un vélo qui ne freine pas ce n’est pas “okay”. Nous attendons quarante-cinq minutes que les problèmes de base soient résolus avant de monter sur nos vélos pour découvrir les environs.

Dix minutes plus tard, Victor s’arrête, son pneu avant est crevé. Nous sommes en colère, le loueur voulait nous faire payer un prix exorbitant (heureusement, que nous avons réussi à faire descendre un peu), pour trois vélos dans un état déplorable. En plus de ça, on perd quarante-cinq minutes pour des réparations de base pour s’apercevoir que le pneu est crevé. Nous retournons à l’agence à pieds. Et à ce stade, nous ne voulons pas d’une énième réparation, nous voulons récupérer notre argent et arrêter de perdre notre temps. Lorsque Victor montre son pneu, la réplique du loueur est immédiate : lorsqu’il nous a donné le vélo, le pneu était en bon état. Nous nous y attendions, il amène un compresseur pour regonfler le pneu. Victor est ferme : il n’est pas question que l’on perde plus de temps, on veut récupérer notre argent et partir. Le loueur ne cesse de nous demander d’attendre, fait mine de s’occuper de la réparation d’un quad pour d’autres clients. Clients, qui nous demandent d’ailleurs ce qu’il se passe. Alors le loueur retrouve subitement de l’intérêt pour nous. Et Victor sort la formule magique, il lui propose de garder 50 liras et de nous rendre le reste de l’argent. Ni une, ni deux, il nous redonne notre argent (avec 50 liras en moins) et nous dit à la prochaine avec un grand sourire. Avant de partir, on ne manque pas de lui dire que ce n’est pas une façon de faire du business. On a donc payer 50 liras pour faire dix minutes de vélos et perdre plus d’une heure…

Pour nous détendre et nous rafraîchir les idées, nous partons à pieds vers “rouge et rose vallées”. Lors de notre randonnée du premier jour, nous avons repéré un sommet que nous avons terriblement envie d’atteindre. Nous redécouvrons complètement les vallées sous cette neige immaculée. Nous sommes amusés par les innombrables tunnels et les échelles. On a la sensation d’être de vrais aventuriers. Nous nous hasardons d’ailleurs hors sentiers, car il n’est pas toujours facile de repérer le chemin sous cette neige. Il est certain que sans cette neige, nous n’aurions jamais emprunté certains des passages que nous avons pris. Nous devons d’ailleurs se laisser glisser sur les fesses à plusieurs reprises tellement le chemin est abrupt.

Nous gravissons la colline jusqu’à son sommet tant attendu. La vue sur toute la vallée est superbe.



C’est à la tombée de la nuit que nous redescendons vers la ville. Il nous reste encore une heure de marche, nous avons froid et nous sommes fatigués. Un jeune homme s’arrête pour nous prendre en stop et nous dépose en centre-ville.

Nous mangeons quelque chose avant de prendre notre bus de nuit direction Sanliurfa, une ville située au sud-est du pays, proche de la frontière syrienne.

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