La Macédoine du Nord
- Emeline & Victor

- 28 déc. 2021
- 8 min de lecture
Du Vendredi 26 novembre 2021 au Jeudi 02 décembre 2021
Après notre excellent road-trip en Albanie, nous poursuivons notre chemin en passant par la Macédoine du Nord. Nous avons réservé, il y a quelques jours, un trajet de bus entre Tirana (capitale de l’Albanie) et Ohrid, au Sud-Ouest de la Macédoine du Nord.
Dès que nous passons la porte de la gare routière, nous sommes apostrophés de tous les côtés, certains veulent savoir où nous allons, d’autres si nous avons besoin d’un taxi. Il nous suffit de leur dire “Ohrid” pour qu’ils nous pointent du doigt le mini-bus et le chauffeur qui nous accompagnera. Nous chargeons nos sacs dans le mini-bus puis nous partons à la recherche d’un casse-croute. Lorsque nous revenons 5 minutes avant le départ, nous constatons qu’il y a plus de passagers qui attendent, que de places disponibles dans le mini-bus. Et, loin d’être dérangé, le chauffeur nous indique qu’étant donné que les femmes sont plus petites, elles se partageront la banquette arrière du van. Nous sommes donc quatre sur une banquette prévue pour trois personnes. Quand je prends place à l’une des extrémités de la banquette, je comprends que le voyage va être très long. Une fesse sur la banquette et l’autre dans le vide, j’essaie de supporter la pression du corps des autres filles qui me poussent progressivement de mon siège. Trente minutes plus tard, j’ai l’impression d’être complètement désarticulée, mon dos et mon cou n’aiment pas du tout cette position, ma jambe droite est endolorie tellement les muscles sont sollicités.
Alors quand on arrive à la frontière entre l’Albanie et la Macédoine du Nord, je suis ravie de descendre du mini-bus pour quelques minutes, loin de me douter que cette séance de torture est terminée pour aujourd’hui. De nouveau, la règle de vaccination française “j’ai déjà eu la COVID 19 donc j’ai le droit qu’à une seule dose” se pose. La Macédoine du Nord refuse de nous laisser passer, car nous avons eu la COVID il y a plus de 45 jours. La douanière, très gentille, nous explique que nous devons faire un test COVID pour passer la frontière. Pour cela, il nous faut tout d’abord repasser du côté albanais, car les tests s’effectuent de ce côté de la frontière. Elle explique la situation à notre chauffeur de bus, le ton monte et le verdict tombe : il ne nous attendra pas. Il ouvre le coffre, sort nos affaires et redémarre.
Gênée de cette situation, la douanière nous demande d’aller réaliser le test et nous dit qu’elle nous appellera un taxi pour la suite du trajet.
Dix minutes plus tard, c’est avec 30 euros en moins dans notre porte-monnaie, un nez tout douloureux et deux tests anti-géniques négatifs que nous traversons de nouveau la frontière macédonienne. Tout de suite, un taxi présent sur les lieux, nous propose de nous emmener à Ohrid. Et comme nous avons utilisé nos derniers leks albanais pour payer nos tests anti-géniques, il accepte de nous emmener pour 18 euros, c’est tout ce qu’il nous reste.
Cette perte d’argent imprévue et ce problème de vaccination nous occupent l’esprit une bonne partie du trajet. Nous sommes bien décidés à nous faire vacciner le plus tôt possible !
Ohrid
Notre logement à Ohrid est très sympathique. On a l’impression de vivre dans une de ces pièces composées principalement de fenêtres qu’on avait vu dans les maisons à Berat, la ville aux mille fenêtres. C’est très lumineux et la vue de notre balcon est splendide : d’un côté le château et de l’autre l’immense lac. Le point négatif de ces maisons « aux mille fenêtres », c’est qu’on sent les courants d’air passer alors qu’on est couché dans notre lit.
Nos hôtes sont très serviables, ils nous proposent d’appeler les centres de vaccination afin de voir s’il est possible qu’on fasse une deuxième dose de vaccin contre la COVID-19 en Macédoine. En plus de ça, ils prennent en charge notre linge sale. Ça nous soulage d’être en compagnie de gens bienveillants après notre expérience du mini-bus. Nous apprendrons, le lendemain matin, qu’il est possible de nous faire vacciner une fois que nous serons dans la ville de Bitola, notre prochaine destination, les centres de vaccination étant fermés le week-end.
Notre journée à Ohrid est très paisible. Le matin, nous prenons le temps de découvrir l’architecture de la vieille ville, inscrite au patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO.
L’après-midi, nous profitons du lac, lui aussi inscrit au patrimoine de l’UNESCO depuis 1979. Si vous suivez nos aventures, vous savez que nous étions déjà au bord du lac il y a quelques jours de ça, mais sur l’autre rive, du côté albanais. Le lac d’Ohrid, le plus vieux d’Europe, s’étend à cheval sur l’Albanie et la Macédoine du Nord. Aujourd’hui, le lac est très agité, en raison de la tempête et des fortes pluies qu’il y a eu durant la nuit.
Ce soir c’est repos, nous partons à 5h du matin le lendemain pour notre prochaine étape : la ville de Bitola.
Bitola
La ville de Bitola se situe au Sud-Ouest de la Macédoine. Nous passons deux jours à Bitola. Et notre programme est déjà pensé : visite de la ville et de ses alentours le premier jour, vaccination et repos le deuxième jour.
Nous débutons par la visite du site archéologique Heraclea Lyncestis, l’ancienne ville de Bitola, construite au milieu du 4ème siècle avant J.C. par Philippe de Macédoine. Les ruines sont plutôt sympa à visiter, mais dommage pour nous, le musée est fermé pour cause de rénovation. Nous apprendrons durant notre séjour en Macédoine qu’il est très fréquent de payer le prix fort pour un billet d’entrée, sans pour autant pouvoir accéder à l’ensemble de la visite.
Nous marchons ensuite jusqu’à une cascade avant de retourner en ville. C’est l’occasion de passer par le parc Tumbe Kafe, qui témoigne de la souffrance de Bitola durant la Première Guerre mondiale. Les impacts d’obus, les tranchées et les bunkers sont encore visibles. Le plus impressionnant reste les vestiges de deux avions de guerre.
Pour la petite histoire, Bitola s’est retrouvée de 1916 à 1918 sur la ligne de front qui opposait les envahisseurs bulgares à l’armée serbe durant la Première Guerre mondiale. La ville subit des bombardements quotidiens par l’aviation et l’artillerie ; elle est presque complètement détruite au sortir du conflit. A la fin de la guerre, Bitola est incluse dans le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes qui devient le Royaume de Yougoslavie en 1929. La souffrance de Bitola ne s’arrête pas là, puisque c’est la première ville à être attaquée par les forces de l’Axe durant la Seconde Guerre mondiale. La ville est libérée par les résistants communistes le 4 novembre 1944. Et même si Bitola n’obtient pas le titre de capitale, Tito ayant préféré l’attribué à Skopje, elle reste le second centre économique de la Macédoine.
L’après-midi, nous visitons le centre de la ville. Nous trouvons la rue principale à l’architecture néo-classique très jolie. Nous marchons jusqu’à la tour de l’horloge et le vieux bazar. Nous consacrons le temps qu’il nous reste avant la tombée de la nuit pour dénicher et admirer les street-arts.
Le lendemain matin, nous nous rendons au centre de vaccination de La Croix-Rouge sur les conseils de notre hôte. Dès notre arrivée, il nous est demandé notre carte de résidence. Une fois encore, nous ne pourrons pas obtenir de deuxième dose à Bitola. Sur place, le standardiste nous conseille, lui aussi, de nous orienter vers la Bulgarie ou la Serbie. Nous passons donc notre après-midi à rechercher les possibilités qui s’offrent à nous en terme de vaccination. Nous avions de bons espoirs pour la Bulgarie, pays de l’Union Européenne, jusqu’à ce que l’ambassade nous indique que seuls les résidents bulgares sont éligibles à la vaccination. Nous n’obtenons aucune réponse de la part de l’ambassade Serbe, ce qui semble être l’une des nos meilleures options, ce qui nous inquiète.
Skopje
Nous arrivons à Skopje, la capitale de la Macédoine à midi, après trois heures de bus. Nous sommes partis sous la neige ce matin et nous avons été ravis de contempler les plaines et montagnes toutes blanches.
Une fois nos sacs déposés dans l’auberge de jeunesse que nous avons réservée… Ha non, nous ne sommes pas dans la bonne auberge. La nôtre se trouve de l’autre côté de la rue ! (Merci quand même au gérant pour son accueil !).
Donc, on recommence… une fois nos sacs déposés dans l’auberge de jeunesse (cette fois-ci, c’est la bonne), nous filons vers le point de rendez-vous de notre visite guidée de la ville.
Nous passons deux heures en compagnie de notre guide, qui nous montre à quel point le surnom de Skopje : “le Disneyland des balkans” est vrai. Skopje a énormément souffert durant la Première Guerre mondiale car, comme Bitola, beaucoup de batailles ont eu lieu sur le territoire macédonien. La deuxième guerre mondiale ne l’a pas épargnée non plus, et le tremblement de terre du 26 juillet 1963 (magnitude 6,9) lui a porté son coup de grâce en faisant au moins 1 000 morts, 3 000 blessés et 120 000 sans-abris. Après ça, la ville est détruite à plus de 80%.
Et alors que le contexte international est tendu en raison de la guerre froide, Skopje fait appel à la solidarité internationale pour rebâtir. C’est l’unique moment historique où les États-Unis et la Russie trouvent un terrain d’entente concernant l’aide à apporter aux Macédoniens.
Évidemment, qui dit aide de la communauté internationale, dit remerciement. Comment ? En construisant des répliques des plus célèbres symboles internationaux tels que l’arc de Triomphe français, le millénium belge, le Branderburg allemand, le « Bull » américain, etc. Et la corruption est telle en Macédoine qu’une bonne partie de l’argent destinée à la reconstruction est détournée. Résultat ? De beaux bâtiments qui menacent de s’écrouler, mais qui sont dotés de très jolies (et fausses) façades.
Finalement, ce qui nous occupe le plus durant notre séjour à Skopje est notre problème de vaccination. Même si, de premier abord, il n’est pas possible d’être vacciné en Macédoine, nous tentons tout de même de nous rendre à l’hôpital. Ici, tous les vaccins sont disponibles. Le discours est le même que celui que nous avons eu à Bitola : pas de vaccination pour les non-résidents. Néanmoins, un médecin nous conseille de nous rendre au Ministère de la Santé le lendemain afin d’obtenir éventuellement une dérogation. Celle-ci nous permettrait alors d’être vaccinés.
Le lendemain matin, nous mettons ce conseil à exécution. A notre grande surprise, nous sommes très bien reçus par l’un des responsables au Ministère de la Santé, Ivan, qui accède tout de suite à notre demande. La seule information dont il a besoin est le numéro de lot de notre première injection. Information, qu’évidemment, nous ne disposons pas. Où trouver ça ? Sur notre synthèse vaccinale, que nous n’avons jamais obtenue et dont personne ne nous a d’ailleurs évoqué le nom en France.
Une rapide recherche sur internet nous apprend que cette synthèse vaccinale a été mise en circulation après la date de notre première injection et qu’il est de notre responsabilité de la demander, soit à notre médecin traitant, soit à notre centre de vaccination.
C’est alors que ma sœur, Aurélie, entre en scène et se démène pour appeler nos centres de vaccination afin d’obtenir les informations. Jusqu’à ce (revirement de situation) qu’elle m’appelle pour m’informer qu’elle a obtenu nos deux synthèses vaccinales en allant simplement demander à… sa pharmacie. Autant vous dire qu’on pensait déjà que c’était fichu !
Nos deux synthèses vaccinales en poche (enfin, en format numérique sur nos téléphones), nous retournons voir Ivan, qui, ni une ni deux, nous inscrit dans le système macédonien et appelle l’hôpital pour les avertir de notre venue pour l’injection le lendemain matin.
A l’hôpital, nous sommes reçus immédiatement. Le médecin remplit notre dossier, nous emmène voir une infirmière qui nous fait l’injection puis nous ramène voir le médecin qui nous transmet nos certificats. Et en Macédoine, nous recevons non seulement un QR code macédonien (qui atteste des deux injections), mais également un QR Code européen, une attention pour les Etats-Unis et une autre pour le Canada. Bien mieux qu’en France, n’est-ce-pas ? Et, Dieu merci, pas besoin de demander la synthèse vaccinale, le médecin nous la remet directement.
Après cet épisode, qui marque la fin de notre épopée vaccinale, nous rentrons à l’auberge de jeunesse, où nous nous reposons dans l’attente du départ de notre bus de nuit direction la capitale de la Bulgarie : Sofia. Et pour une fois, nous ne sommes pas nerveux à l’idée de passer la frontière !






































































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