Six jours sur les routes albanaises
- Emeline & Victor

- 27 déc. 2021
- 9 min de lecture
Du Samedi 20 novembre 2021 au Vendredi 26 novembre 2021
Notre road-trip au Monténégro n’ayant pu avoir lieu, nous décidons de visiter plus en profondeur l’Albanie. Et pour nous éviter d’éventuels soucis, nous choisissons un loueur de voiture qui ne prend pas de dépôt de garantie. La location de voiture est la moins chère qu’on ait payée jusque-là et le loueur ne contrôle ni nos passeports ni nos permis de conduire avant de nous donner les clefs de la voiture. La voiture qui est, il faut le dire, dans un mauvais état : le coffre ne ferme plus très bien, l’un des optiques arrière menace de tomber d’une minute à l’autre, la carrosserie est rayée sur les deux côtés, il manque un bout de pare-choc et il y a du lait caillé sur la banquette arrière. On comprend pourquoi un état des lieux n’est pas nécessaire !
Nous le savons, la conduite ici, sera sportive. C’est la loi du plus rapide et de celui qui klaxonne le plus fort. Les piétons et les chiens errants traversent où bon leur semble, les vélos roulent régulièrement à contre-sens y compris sur les 4 voies, les clignotants ni les ceintures de sécurité ne sont utilisés et tout espace est susceptible de devenir une place de parking.
Les voitures ont été introduites en masse dans les années 1990, après la chute du régime communiste. Imaginez un peu : une population qui n’a jamais conduit, qui n’a pas les infrastructures pour supporter l’afflux de tant de voitures et qui ignore totalement qu’il faudrait passer un permis de conduire avant de prendre la route. On comprend mieux l’état du trafic d’aujourd’hui !
D’ailleurs, il n’est pas rare de voir des gens se déplacer à cheval dans la partie Sud du pays, plus rurale.
Jour 1 - Krujë & Durrës
Une fois la voiture récupérée, nous partons directement vers Krujë, un village situé à 30 km au Nord de Tirana.
Nous déjeunons dans un restaurant avec vue panoramique, seuls dans une salle qui semble adaptée pour de grandes réceptions. L’accueil chaleureux et la gentillesse des propriétaires nous permettent de profiter pleinement de notre expérience.
Nous sommes venus à Krujë pour son château, qui abrite en ses murs le musée de Skandeberg, le héros national de l’Albanie, que nous avions déjà croisé, chevauchant fièrement son cheval, sur la place principale de la capitale, Tirana. C’est une partie de l’histoire albanaise que nous avions peu abordée jusqu’ici, ça nous permet donc d’en apprendre davantage. Petit, mais très joliment présenté, ce musée retrace l’histoire de l’invasion ottomane dans le pays. On y découvre des fresques et peintures murales colorées et des statues impressionnantes par leur grandeur.
On repère à plusieurs reprises, l’étoile, symbole du régime communiste, présente au-dessus de l’emblème du pays à l’ouverture du musée en 1982 (durant le régime communiste). Cette étoile, bien qu’effacée des supports le permettant, reste comme une ombre planant sur l’emblème national.
On se dirige ensuite vers Durrës, à 45 minutes de Krujë, dont on a beaucoup entendu parler depuis le début de notre voyage en Albanie. Nous y voyons les ruines d’un forum byzantin et d’un théâtre romain, où des combats de gladiateurs avaient lieu à l’époque. On se promène sur le bord de mer et on admire le coucher de soleil.
Jour 2 - Berat, Appolina et Llogara
Ce matin, c’est un programme chargé qui nous attend. Pour commencer, nous nous rendons à Berat, aussi appelée « la ville aux mille fenêtres » en raison de son architecture ottomane très typique. On monte vers le château qui nous permet d’avoir une vue plongeante sur sa vieille ville. Inscrite au patrimoine de l’UNESCO depuis 2008.
Sur le chemin du retour, on profite pour visiter une petite chapelle très mignonne construite sur la colline en face de la vieille ville.
Et lorsqu’on arrive à la voiture, on est étonné de voir un petit papier sur le pare-brise : notre première amende pour stationnement (le stationnement à contre-sens est interdit ici aussi). L’amende s’élève à 1000 leks, ce qui représente environ 8 euros. Le plus embêtant est de comprendre où régler cette amende. On s’arrête immédiatement à une station de police, qui nous indique le bureau de poste. Le bureau de poste est fermé aujourd’hui (nous sommes dimanche), mais quelqu’un nous informe qu’on peut également payer dans les bureaux Western Union dès le lendemain matin. Nous prenons bonne note de cette information et partons pour notre prochaine étape, la cité grecque antique Apollonia d’Ilyrie.
Apollonia d’Ilyrie fut fondée vers 600 avant J.C. et tient son nom du dieu Appolon. Léon Rey, archéologue français, a grandement participé aux fouilles ayant eu lieu entre 1924 et 1928. Malheureusement, la Seconde Guerre mondiale a endommagé une grande partie du site. Les ruines restantes restent magnifiques et il suffit d’un peu d’imagination pour se représenter mentalement la cité de l’époque. On se promène ainsi entre les boutiques, les temples, l’odéon et les portiques. On découvre aussi un nouveau type de monument, qu’on ne connaissait pas jusque-là : le bouleuthérion qui abritait autrefois le conseil de la ville (nommé la Boulée).
Assez d’histoire pour aujourd’hui, nous laissons place à la nature avec le parc naturel de Llogara, situé dans la péninsule albanaise. On suit une route avec vue panoramique sur plusieurs kilomètres. Puis on s’arrête pour atteindre un point de vue en hauteur à une heure de marche.
On termine notre journée par le front de mer de la ville d’Himarë oú l’on partage cafés et rakis avec Nikolas et sa femme, nos hôtes pour cette nuit.
Jour 3 - Sarandë & Butrint
Pour cette troisième journée de road-trip, nous nous accordons un réveil tardif. D’ailleurs, nous avons particulièrement bien dormi grâce au matelas chauffant fournis par nos hôtes. A 10 heures, nous voilà prêt à nous mettre en route. Notre volonté tombe rapidement lorsqu’on s’aperçoit qu’il tombe des cordes. Nous sommes plus que ravis de partager un dernier café (et raki pour Victor) avec nos hôtes.
C’est donc une heure plus tard que nous partons visiter le château de Porto Palermo. Érigé en premier lieu par la république de Venise au 15ème siècle, il est ensuite reconstruit et fortifié par le gouverneur de l’empire ottoman, Ali Pasha de Tepelena au 19ème siècle. Sa structure triangulaire en fait un édifice original et son emplacement, face à la mer, est parfaitement bien choisi.
Nous partons ensuite pour la station balnéaire de Sarandë, réputée pour ses plages à l’eau turquoise. Malheureusement, ça ne sera pas plage pour nous, mais la visite des ruines du monastère des 40 saints, qui a d’ailleurs donné son nom “Sarandë” à la ville. Perche sur sa colline, le monastère a une superbe vue sur toute la baie. Au loin, on voit le ciel chargé de pluie, qui se rapproche rapidement de nous. Ce monastère, magnifique à l’époque, a connu le même sort que beaucoup des monuments albanais : il a été massivement détruit dans les bombardements de la Seconde Guerre mondiale.
Notre dernier arrêt, aujourd’hui, est Butrint, le plus grand parc archéologique du pays et des Balkans, découvert par un archéologue italien dans les années 1920, alors que l’Albanie était occupée par l’Italie. Fondée initialement par une tribu grecque entre le 10ème et le 8ème siècle avant J.C., la cité de Butrint a connu de multiples occupations et transformations au cours du temps (notamment celle de l’Empire Romain et Byzantin). Elle est abandonnée à la fin du moyen-âge par sa population en raison de son sol devenu marécageux. Butrint rentre au patrimoine de l’UNESCO en 1992.
De ses ruines, nous voyons le théâtre, les bains romains, une chapelle et une basilique, l’une des portes de la ville, appelée “porte du lion” et une forteresse médiévale datant du 14ème siècle, aujourd’hui occupée par le musée.
C’est sous la pluie que nous terminons notre visite, et que nous nous rendons dans la ville de Ksamil, notre étape pour la nuit.
Jour 4 - Blue eyes & Gjirokastër
Aujourd’hui, nous nous rendons dans un lieu très occupé l’été, l’endroit où les locaux viennent se baigner : le “blue eye” (“l’œil bleu” en français, “Syri I Kaltër” en albanais). Il se situe dans le sud du pays et est reconnu comme zone protégée depuis 1996. Cette rivière est très populaire pour ses trous d’eau qui peuvent atteindre jusqu’à 50 mètres de profondeur. Ses tons vert et bleu sont sublimes et nous donnent très envie de nous mettre à l’eau !
Nous nous rendons ensuite dans la ville de Gjirokastër, dont la vieille ville d’architecture ottomane est inscrite au patrimoine de l’UNESCO. Le château est magnifique, on y trouve aujourd’hui un musée militaire, de grandes tours très bien conservées, une église, une citerne. C’est également le lieu du festival national folklorique annuel. La prison du château a largement été utilisée durant le règne du roi Zog pour les prisonniers politiques durant la période communiste.
Pour la petite histoire, Zog I est le président de l’Albanie de 1925 à 1928. En septembre 1928, le pays devient une monarchie et naturellement, Zog I en devient le roi. En avril 1939, alors que l’Italie envahie l’Albanie, qui est considérée dès lors comme un protectorat italien sous le règne du roi Victor Emmanuel III, Zog I est forcé à l’exil. Lorsque le dictateur Enver Hoxha arrive au pouvoir en 1945, Zog est définitivement banni du pays et passe le reste de sa vie en France, où il meurt en 1961. Son corps fut enterré au cimetière de Thiais, à côté de Paris, jusqu’en 2012 où il est transféré au mausolée de Tirana.
Après cette visite, nous déjeunons dans un restaurant de la vieille ville et nous ressentons de nouveau l’incroyable hospitalité des albanais. Nous sommes accueillis comme des rois, un feu de cheminée est allumé pour nous, le dessert nous ait offert. Le serveur ne cesse de nous répéter dans un mauvais anglais : “thank you for you” et “no problem sorry”. On sent qu’il est réellement content de nous accueillir.
Jour 5 - Eaux thermales
Ce matin, nous nous réveillons avec un bon petit déjeuner, que nous dégustons avec plaisir sur notre balcon. Alors qu’il pleut depuis quelques jours, nous sommes heureux de découvrir un beau ciel bleu et un soleil éclatant. C’est le temps parfait pour notre activité de la journée : une baignade dans les eaux thermales de Benja et de Leskovik.
Les sources thermales de Benja sont situées dans la municipalité de Përmet dans le sud du pays. Elles sont contenues dans des bassins naturels et leur température avoisine les 28 degrés. Chacune offre des propriétés différentes comme un soulagement de l’arthrose, une cure pour les problèmes de peaux, ou encore une détoxification des reins. Nous prenons beaucoup de plaisir à nous y baigner, même si le contraste entre la température intérieure et extérieure est important. C’est notre premier bain depuis le début de notre tour du monde !
Pour continuer sur le thème des sources thermales, nous nous dirigeons maintenant vers les eaux thermales de Leskovik, beaucoup plus sauvages et peu connues du fait de leur accessibilité difficile. Nous avons vu dans un blog qu’il est nécessaire d’avoir un 4X4 pour s’y rendre. Sachant cela, on se prépare d’emblée à nous rapprocher le plus possible en voiture avant de terminer à pieds sur plusieurs kilomètres. Et malgré cette solution, nous découvrons (après avoir marché pendant plus d’une heure) pourquoi le 4x4 est utile : en effet, si certains torrents qui traversent la route sont franchissables à pieds, d’autres ne le sont pas. Et bien qu’il y ait des sources chaudes plus haut, ces eaux-là n’ont rien d’attrayant ! Ce n’est pas sans une petite pointe de déception que nous rebroussons chemin.
Nous prenons alors la route direction notre logement pour la nuit. Le paysage est aussi magnifique que la route est longue, d’autant plus que nous n’avons pas mangé depuis notre petit-déjeuner. Pendant la basse saison, beaucoup de restaurants dans la province albanaise sont fermés ou ne servent qu’à boire. Dans ces conditions, trouver un restaurant s’avère parfois difficile, ce qui est le cas ce soir.
Sur notre route, on croise des vaches, des chèvres, des chevaux, des moutons ou encore des chiens.
Jour 6 - Korçë, Pogradec & Lin
Notre mission du jour est de remonter vers le Nord du pays en passant par l’Est, notamment par le lac d’Ohrid, qui se situe à cheval entre la frontière albanaise et macédonienne.
Le Sud et l’Est de l’Albanie sont bien plus ruraux que le Nord. Il est fréquent de croiser sur la route des gens se déplaçant à cheval ou des familles en chariot. Sur le bord des routes, les habitants vendent leur récolte de fruits (des pommes et parfois des grenades), leur vinaigre et raki fait maison.
A Korçë, nous visitons la cathédrale orthodoxe de la résurrection du Christ. A Pogradec, nous nous arrêtons un instant pour regarder les hommes de la ville jouer aux dominos ou aux échecs au bord du lac. Ils jouent pour de l’argent et ont beaucoup de spectateurs. C’est également ici qu’on voit la première école albanaise.
Dans le village de Lin, le plus petit et le plus authentique de tous, on se balade le long du lac d’Ohrid, le plus vieux lac d’Europe, formé il y a environ 4 millions d’années. On s’arrête manger dans un restaurant qui nous sert du Koran, un poisson proche du saumon, qu’on ne trouve que dans le magnifique lac d’Ohrid.
Après cette journée, riche en aventure, nous prenons le chemin de Tirana, où nous rendons la voiture de location le lendemain matin. Nous nous arrêtons à mi-chemin pour la nuit. Nous prenons plaisir à partager un moment avec nos hôtes, Sami et Natasha, qui nous offre des fruits frais et du raki. Même si leur compréhension de l’anglais est très limitée, nous parvenons à interagir.
Nous dînons dans un restaurant local, où l’on rencontre la petite Léa, âgée de deux ans, qui a très envie de partager son maïs avec Victor !
Fin du road-trip
Le lendemain matin, il est temps pour nous de rendre la voiture de location à Tirana puis de rejoindre la gare routière où notre mini-bus direction la Macédoine du Nord nous attend.


































































































































































Commentaires