L’Albanie : Shkodër et Tirana
- Emeline & Victor

- 25 déc. 2021
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 27 déc. 2021
Du Mardi 16 novembre 2021 au Vendredi 19 novembre 2021
Après nous être confrontés à l’impossibilité de louer une voiture au Monténégro, nous arrivons en Albanie prématurément. Nous sommes déçus que notre aventure monténégrine s’achève de cette manière, mais nous sommes aussi impatients de découvrir l’Albanie, dont nous ne connaissons que peu de choses.
Shkodër
Notre première étape en Albanie est Shkodër, connue pour être la capitale culturelle du pays. C’est aussi l’une des plus vieilles villes d‘Albanie, avec des traces d’occupation de la zone qui remonte à l’âge de bronze. Nous arrivons en milieu d’après-midi, et nous nous dirigeons directement vers l’auberge que nous avons réservée afin d’y déposer nos sacs. Et pour les deux jours qui viennent, nous dormirons en dortoir (ce que je redoute particulièrement après la mauvaise expérience du dortoir à Zagreb, Croatie).
Nous partons immédiatement à la recherche d’une carte SIM et d’un distributeur (la plupart des transactions s’effectuent en liquide en Albanie). Nous avons ensuite l’esprit plus libre pour profiter de notre ballade en ville, même si nous ne ferons pas grand-chose ce soir car la nuit tombe vite. Finalement, notre nuit en dortoir se passe relativement bien, Victor ne ronfle (presque) pas !
Le lendemain matin, nous nous levons tôt pour aller visiter la forteresse de Shkodër, appelée Château de Rozafa. Nous marchons 45 minutes pour l’atteindre depuis le centre-ville. Ses ruines portent beaucoup d’histoire et ont connu de multiples conflits (siège des serbes et des monténégrins lors de la première guerre balkanique en 1912-1913).
L’Albanie est un territoire plein de mystères et de magie, dont les légendes sont racontées de génération en génération. La légende du château de Rozafa est l’une des plus tristes, bien qu’intéressantes, que j’ai entendue.
Il était une fois, trois frères mariés à trois belles femmes qui vivaient en nord-ouest de l’Albanie. Les trois fêtes travaillaient nuit et jour, très dur, pour construire un château pour protéger leur ville. Mais à chaque fois que le travail était achevé, les murs du château tombaient, sans qu’ils sachent pourquoi. Un jour, ils rencontrèrent un vieil homme qui leur sédition qu’il n’y a qu’un moyen pour que les murs du château ne s’effondrent pas : un sacrifice. Et plus précisément, le sacrifice d’une de leur femme, la première qui apporterait le déjeuner à son mari le lendemain matin. Les frères promettent, pour le bien du château et de la ville, de ne parler du sacrifice à personne, et surtout pas à leur femme. Malheureusement, tout ne se passa pas comme prévu et les deux plus vieux frères, une fois à la maison, expliquèrent la situation à leur femme. Le plus jeune frère, comme promis, n’en toucha pas un mot. Le lendemain, les frères attendirent nerveusement l’heure du déjeuner. Les deux femmes des frères plus âgés ne vinrent pas apporter le déjeuner, mais Rozafa, la femme du frère le plus jeune, vient avec un panier rempli de nourriture. Son mari lui expliqua alors qu’elle allait être sacrifiée et enterrée dans les murs du château afin qu’ils puissent finir la construction des murs. Rozafa ne protesta pas, accepta son sort à trois conditions : les frères laisseraient un trou pour son sein droit afin que son nouveau-né soit nourri, un autre trou pour sa main droite afin qu’il soit caressé et un dernier trou pour son pied droit afin qu’elle puisse bouger son berceau. Le château ne s’effondra plus jamais.
Bien sûr, chacun voit dans cette légende la morale qui lui plait. Pour ma part, j’ai choisi d’y voir la force des femmes qui sacrifient leur vie pour quelque chose de plus grand.
Avant de retourner vers la ville, nous faisons un détour vers, ce qu’ils appellent la mosquée de Plomb (ou Lead mosquée). Construite sous l’empire Ottoman, elle tient son nom de ses coupoles, couvertes de plomb. Après avoir subi des dommages dans les années 1990, son plomb est peu à peu volé. En 1916, durant la première guerre mondiale, l’armée autrichienne retire définitivement le plomb restant sur l’édifice.
Après notre déjeuner, nous visitons le musée Marubi de la photographie. On y voit le travail de Pietro Marubi, photographe italien, et de ses successeurs. On y trouve également son ancien matériel. Des pans entiers de l’histoire du pays sont reconstruits à travers ses photos.
Nous dînons dans un petit restaurant, qui nous a été recommandé par notre hôte. Les Albanais ont le sens du service, en plus de notre commande, le serveur nous apporte un steak gratuit et ressert allègrement Victor en Rakja à la fin du repas.
Tirana
Notre prochaine destination est Tirana, la capitale de l’Albanie. Alors qu’il y a quelques années, elle était le lieu du pouvoir communiste, grise et terne, c’est actuellement une ville vivante et très colorée.
Nous arrivons à Tirana en début de journée et nous nous rendons directement à notre logement. Le lieu n’est pas facile à trouver, car le GPS ne nous indique pas le lieu exact, mais plutôt la zone dans laquelle le logement se trouve. Quelques minutes plus tard, nous sommes contents de découvrir notre appartement. Il est grand et lumineux.
Une machine à laver et un casse-croûte plus tard, nous voilà dans le centre-ville de Tirana, au point de rendez-vous du départ de notre visite guidée. On prend le temps d’appeler l’ambassade de France avant de débuter : nous aimerions savoir s’il est possible d’obtenir une deuxième dose du vaccin contre la COVID en Albanie. L’ambassade nous dit de nous renseigner auprès des centres de vaccination, le guide, lui, nous dit que les vaccins sont réservés aux citoyens Albanais. Il nous conseille de la faire en Bulgarie (qui fait partir de l’UE) ou en Serbie (qui semble vacciner tout le monde). Nous ne le savons pas encore, mais cette conversation marque le début de notre épopée vaccinale.
Maintenant, place à la visite guidée ! Tirana est une ville intéressante, pour son histoire terrible, mais aussi pour son développement impressionnant depuis la fin du régime communiste mis en place par le dictateur Enver Hoxha en novembre 1944.
En 1991, date de la chute du régime communiste, l’Albanie était considérée comme le pays le plus pauvre, le plus sous-développé et le plus isolé du continent européen, conséquence d’une politique de fermeture pratiquée depuis des décennies.
La visite guidée commence par la place Skanderberg, où Kastrioti Skanderberg, héros national de l’Albanie pour sa résistance face à l’occupation ottomane, trône fièrement sur son cheval. L’architecture de cette place, construite subtilement en forme de pyramide, permet l’été de laisser couler un filet d’eau de pluie, ayant pour but de rafraîchir les habitants en été, alors que les températures atteignent parfois 45 degrés.
La vieille mosquée Mulla Bey, à l’extrémité de la place, arbore une décoration unique, ce qui lui a d’ailleurs valu d’échapper à la destruction lors du grand nettoyage religieux communiste (destruction des édifices religieux), car elle fut considérée comme faisant partir du patrimoine culturelle plutôt que comme un monument religieux. Ouverte au public, c’est la première mosquée que nous visitons.
Juste à côté, la tour du clocher, initialement construite au 19ème siècle, a successivement connu destruction et rénovation, chaque fois prenant des hauteurs et des formes différentes. On doit sa forme actuelle à la Chine, dernier pays à l’avoir fait rénover.
Nous continuons notre chemin en passant par l’ancien château de Tirana, maintenant aménagé de bars et restaurants tendances. C’est aussi dans ce quartier qu’on voit les plus belles décorations de Noël.
On passe devant « la pyramide » dédiée au culte du dictateur Enver Hoxha, que son successeur Ramiz Alia, a fait construire pour lui rendre hommage à sa mort. Véritable édifice en forme de pyramide dédié à l’apologie du communisme, il est actuellement fermé au public, pour cause de restructuration. La ville souhaite en faire un centre pédagogique.
Nous continuons notre visite par le quartier nommé “Blloku”, le bloc, en raison de son inaccessibilité par la population durant l’époque communiste. Entourée d’immenses murs en béton, cette zone était réservée aux habitations des dirigeants et de leur famille. A l’extérieur du bloc, c’était le moyen-âge, à l’intérieur du bloc, une société occidentale tout ce qu’il y a des plus modernes. Le dictateur Enver Hoxha y fait construire sa villa dans les années 1970. Actuellement, seuls quelques bunkers marquent l’entrée du quartier. Un bout du mur de Berlin, offert par l’Allemagne témoigne également de la séparation et souffrance que des murs peuvent créer.
La villa d’Enver Hoxha, est entretenue régulièrement par la ville. L’intention est d’en faire d’ici quelques années un musée, ce qui n’est pas très bien perçu par les habitants de Tirana, qui perçoivent ça comme un hommage à leur bourreau.
Ce quartier, complètement vidé après la chute du régime communiste en 1991, abrite désormais les bars et restaurants les plus tendances de la ville. Très tranquille pendant la journée, ce quartier se transforme complètement la nuit.
On termine notre visite par le square Mère Thérésa, la cathédrale orthodoxe de la résurrection du Christ, et la cathédrale catholique Saint-Paul. Le guide est très fier de nous expliquer, à l’image des Albanais, que toutes les religions se côtoient et s’acceptent, d’ailleurs aucune guerre n’a eu pour cause la religion sur le territoire.
***
Le lendemain matin, nous souhaitons nous pencher un peu plus sur la sombre période du communisme en Albanie. C’est terriblement difficile, mais pourtant, on sent que notre compréhension du mode de vie des Albanais ne pourra jamais être complète tant qu’on ne se sera pas plongé dans l’histoire de ce pays.
Bunk’art 1 nous semble l’endroit idéal pour parfaire nos connaissances et nous immerger dans la terreur vécue par les Albanais durant le régime communiste de 1945 à 1991. Construite secrètement entre 1972 et 1978, cette immense structure faisait partie du plan de “bunkerisation” du pays. Au total, 168 000 bunkers furent construits.
Bunk’art est une structure spéciale, commandée par le pouvoir pour protéger l’élite du régime, principalement en cas d’attaque nucléaire. Creusé à 100 mètres sous la montagne, ce bunker couvre 2685m2 et est composé de 106 pièces réparties sur 5 étages. C’est le dictateur Enver Hoxha qui décide de sa construction après une visite en Corée du Nord en 1964. Cet abri a connu plusieurs manœuvres d’entraînement, mais n’a jamais servi réellement, l’Albanie n’ayant jamais connu d’attaque nucléaire.
En plus de visiter l’architecture du bunker, on apprend en détails l’installation et la chute du régime communiste à la tête du pays et son impact sur le mode de vie des habitants. Certaines salles, notamment celles qui présentent le système de répression des citoyens, nous émeuvent énormément.
Après cette visite qui nous a vidé émotionnellement, nous décidons d’aborder le côté maintenant coloré et vivant de la ville. Nous marchons d’immeubles en immeubles pour découvrir les multiples street-arts qui les colorent. Parce que le Premier ministre Albanais et un grand fan d’art, il y en a à chaque coin de rue. On découvre aussi quelques dessins humoristiques sur les panneaux de signalisation qui nous amuse beaucoup.
Le soir, nous nous rendons sur la place centrale de la ville. Ce soir, un show gratuit est assurée par la pop star locale, Arilena Ara. C’est un véritable chaud à l’américaine, avec feux d’artifice en l’honneur de l’anniversaire de la libération de Tirana.




















































































Commentaires