À la découverte de la Bosnie-Herzégovine
- Emeline & Victor

- 13 nov. 2021
- 8 min de lecture
Du jeudi 04 novembre 2021 au jeudi 10 novembre 2021
Mostar
Aujourd’hui, nous quittons la Croatie pour la Bosnie-Herzégovine. Notre premier arrêt est Mostar, situé à 40 km de la frontière Croate. Il pleut des bus lorsque nous montons dans le bus à Dubrovnik à 8h et il pleut des cordes lorsque nous descendons du bus à Mostar à 11h. Avant même d’arriver en centre-ville, on repère les vestiges de la guerre de Bosnie : des immeubles abandonnés, partiellement détruits, couverts d’impacts de balles… Nous en avions déjà vu en Croatie, mais ça nous semble beaucoup plus impressionnant à Mostar.
Notre premier challenge en descendant du bus est de trouver une carte SIM et un forfait touristique. Aucun de nos forfaits français ne couvre la Bosnie-Herzégovine. Il faut aussi qu’on retire de l’argent, même si on a lu qu’à Mostar, ils acceptent encore les kunas croates et parfois même, les euros.
On retire de l’argent assez facilement, mais nous ne trouvons pas l’opérateur téléphonique que Victor a repéré lorsqu’il a fait ses recherches préalables à notre arrivée sur le territoire. On doit, en plus de ça, aller récupérer les clefs de notre logement à une heure très précise. On cherche un WIFI gratuit dans la ville afin de pouvoir charger l’itinéraire de notre logement sur nos téléphones. C’est finalement le WIFI de McDo qui nous sauvera la mise pour cette fois !
L’avantage de Mostar, c’est que ce n’est pas très grand. Même s’il pleut, on est vite arrivés au point de rendez-vous pour récupérer les clefs. Le logement est très vieillot, pas très propre, ça change radicalement de ce qu’on a eu la veille. Mais pour une nuit, on s’en accommodera. Pas le temps de se détendre, nous avons finalement qu’une après-midi pour visiter Mostar, et nous aimerions en voir le plus possible.
Nous trouvons finalement la carte SIM de l’opérateur téléphone repéré par Victor. L’activation prend plus de temps que prévu, Victor a jeté le paquet avant de lire les instructions de mise en fonctionnement, pensant que comme en France, l’initialisation s’effectuerait automatiquement. On découvre vite qu’à Mostar, aucun service n’est gratuit : nous demandons conseil à un magasin spécialisé dans l’Itech, qui nous demande deux euros pour faire l’initialisation. Pas question qu’on paye pour ça, nous voilà de nouveau en quête d’un Wifi gratuit, afin de trouver par nous-mêmes les instructions sur le site web du fournisseur.
Une fois cette histoire de carte SIM résolue, il ne nous reste plus qu’une heure avant la tombée de la nuit. La pluie ne cesse pas, nous avons les pieds mouillés, mais pour le moment, notre équipement de pluie préserve nos vêtements.
Mostar est très célèbre pour son pont (le Stari Most), le plus vieux pont de Bosnie-Herzégovine, construit au 16ème siècle. Détruit pendant la guerre en 1993, il a été reconstruit en 2004, date à laquelle il est également inscrit au patrimoine de l’UNESCO.
Tout le quartier de la vieille ville est à l’image de ce pont : petit, mais élégant. On aimerait bien prendre un peu plus de temps pour s’y promener, mais la pluie s’intensifie et un orage éclate.
On décide qu’il est temps de rentrer pour ce soir. Nous faisons quelques arrêts sur notre chemin du retour pour admirer certaines mosquées. Et avant de rentrer, nous faisons un petit détour par la “sniper Tower”, l’ancienne banque Ljubljanska (banque slovène), un bâtiment de 10 étages, qui a été utilisé comme point de vu pour les snipers durant la guerre. Maintenant, c’est un bâtiment abandonné, une tour fantôme, dont les entrées ont été condamnées par la ville. Sur sa façade, on ne compte plus les impacts des balles, camouflés aujourd’hui par de nombreux street-arts. C’est beau et terrible à la fois, c’est triste et plein d’espoir, c’est sombre mais lumineux. Ce bâtiment est devenu un symbole de la guerre à Mostar, de la mort en Bosnie, mais c’est également, par l’art qu’il fait naître, un symbole de résilience puissant.
L’orage gronde de plus en plus, les égouts ne parviennent plus à évacuer suffisamment l’eau, certaines rues sont inondées. Nous nous endormons ce soir, avec pour fond sonore, le tonnerre et les pigeons qui cognent contre nos volets, comme s’ils voulaient rentrer au chaud avec nous. Notre seule préoccupation pour le moment est que nos chaussures sèchent suffisamment avant notre départ vers Sarajevo demain matin.
***
Sarajevo
Comme nous le redoutions, une nuit n’a pas suffit à faire sécher nos chaussures. Rien de plus désagréable que de mettre des chaussures mouillées. Mais en bon aventurier qu’il est, Victor me propose de mettre nos pieds dans une pochette plastique avant de mettre nos chaussures. Au point où on en est, cette solution me paraît idéale !
Ce matin, nous prenons le bus direction la capitale de la Bosnie-Herzégovine, Sarajevo. La route entre Mostar et Sarajevo est magnifique : on longe des montagnes et une rivière. La couleur de l’eau, rouille terreuse, reflète directement les dégâts de la tempête de la veille. Tempête qui n’est d’ailleurs pas totalement terminée puisqu’il va encore pleuvoir durant deux jours. Les inondations font les gros titres des journaux. Les locaux dans le bus en discutent, chacun a pris des photos et vidéos de son jardin ou de la rue devant chez lui.
Mais la vie ne s’arrête pas pour autant, toutes les places du bus sont occupées, les nouveaux arrivants restent debout ou s’assoient dans les escaliers. Je me sens mal pour eux, on en a pour au moins trois heures…
Lorsque nous arrivons à Sarajevo, la gare routière est plongée dans la pénombre. On voit quelques employés avec des lampes torches à la main et on comprend qu’il y a une coupure d’électricité. La journée est déjà bien avancée alors on prend un taxi (qui est très peu cher ici) pour arriver rapidement à notre logement où on dépose nos sacs. Le temps qu’on trouve de quoi manger le soleil est presque couché. C’est donc de nuit qu’on fait connaissance avec le vieux Sarajevo.
On commence par la cathédrale Sacré-Cœur (qui, on l’apprendra le lendemain durant notre visite guidée, est la seule cathédrale de Bosnie), on passe devant les mosquées Gazi Hustev-beg et Bascarsija, devant la fontaine Sebilj et on termine par le pont latin. Le pont en soit n’est pas si intéressant, par contre, le coin de mur auquel il fait face reste tristement célèbre. C’est l’endroit depuis lequel l’archeduc François Ferdinand, héritier de l’Empire austro-hongrois et son épouse, Sophie Chotek, duchesse de Hohenberg se sont fait assassinés par le nationaliste Gravilo Princip le 28 juin 1914 ; événement qui déclenchera la première guerre mondiale.
Et la pluie, qui ne s’arrête pas, nous force à rentrer dîner au chaud à notre logement.
Le lendemain, nous commençons par la visite d’une des plus anciennes maisons de la ville : une maison traditionnelle Turque, ,à maison Svrzo. Puis, nous souhaitons mettre en contexte les monuments que nous avons vus la veille. En début d’après-midi, nous débutons donc une visite guidée. On y apprend énormément de choses sur l’histoire du pays et de la ville.
Entre les conquêtes ottomanes (par les Turcs) et les conquêtes orthodoxes (par les Autrichiens), Sarajevo est un savoureux mélange de culture et de religion, qui en font une ville aux multiples visages. Une capitale oui, mais aux allures de petit village de montagne. Ses ruelles exiguës ne permettent souvent pas le croisement simultané de deux voitures. Tous les produits qu’on trouve dans le vieux centre-ville sont locaux et fabriqués à la main.
Son passé, tourmenté par une guerre récente, a laissé des traces, non seulement dans l’esprit des gens, mais également dans les infrastructures de la ville. Sarajevo a été détruite à 80% durant cette dernière guerre. Et la municipalité a très bien su s’en saisir pour en faire un atout touristique. À plusieurs endroits, on voit des impacts des balles sur les bâtiments et dans la rue, les traces laissées par des grenades ou d’autre types d’artillerie lourde, sont encadrées et colorées de rouge (pour témoigner qu’au moins trois personnes ont péri à cet endroit). L’effet est réussi : ça nous glace le sang.
Un bâtiment en particulier a connu un destin tragique, l’actuelle bibliothèque nationale de Sarajevo. En 1878, l’Empire Austro-Hongrois gagne le contrôle de la Bosnie, par le traité de Berlin. L’une de leur préoccupation est de montrer leur pouvoir en construisant un Hôtel de Ville majestueux. L’empire décide alors de payer certains propriétaires pour détruire leur maison et débuter la construction. Tout le monde accepte sauf l’un des propriétaires pose une condition non-négociable : sa maison doit être entièrement déplacée et reconstruite sur la berge opposée à la rivière. Cette maison (appelée maintenant “the spite house”), fait désormais face à la bibliothèque nationale, anciennement l’hôtel de ville de Sarajevo. Durant la guerre de Yougoslavie, la bibliothèque est intentionnellement brûlée par les forces serbes dans le cadre de la politique de “nettoyage culturel” vis-à-vis des bosniaques (musulmans de Bosnie). Seuls quelques ouvrages ont pu être sauvés. En 1996, les travaux de restauration sont entrepris, sous la direction de l’UNESCO. Ils s’achèvent en 2013 et la bibliothèque rouvre officiellement au public en 2014.
Un autre héritage de la guerre est le système politique bien trop compliqué. La Bosnie-Herzégovine, c’est un seul pays pour trois territoires (la Bosnie, l’Herzégovine et Brćko). Tous les quatre ans, un président pour chaque territoire est élu par la population, chacun avec son propre gouvernement. Trois présidents donc, et trois gouvernements qui dirigent à tour de rôle pendant 8 mois.
On se dirige vers la forteresse jaune qui surplombe la ville, du haut de sa colline. On croise également le deuxième plus grand cimetière juif d’Europe, après celui de Prague.
Après avoir passé près de 5 heures à l’extérieur (heureusement, le temps s’est montré clément durant toute la durée de notre visite), nous n’avons qu’une envie, boire quelque chose de chaud. On s’arrête dans un café, dans lequel on ne s’éternise pas, les jeunes à côté nous ennuient avec leur fumée de cigarette. Et une nouvelle coupure de courant plonge le café dans le noir.
Notre dernier arrêt pour ce soir est le musée de l’enfance pendant la guerre. Malheureusement, la coupure d’électricité touche aussi le quartier dans lequel le musée se trouve, et il a été contraint de fermer ses portes plus tôt que prévu.
On décide donc de rentrer à la maison pour faire sécher nos vêtements, le musée ça sera pour demain.
La santé de Victor en décide autrement. C’est avec de la fièvre, des frissons et des courbatures qu’il rentre à la maison. Le diagnostic du médecin, le lendemain, est sans appel : c’est une bronchite. Six jours d’antibiotique et trois jours sans sortir sont recommandés. Et voilà comment nos trois jours prévus à Sarajevo deviennent finalement 6 jours. Mais on s’adapte, la santé avant tout !
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Trebinje
Trois jours de repos plus tard, nous voilà prêt à repartir sur la route. Et c’est dur dur de trouver la motivation de se remettre à faire son sac. Mais on est confiant, la motivation vient en faisant, demain sera un autre jour.
Nous partons pour Trebinje, qui se situe dans le sud-est de la province d’Herzégovine, et qui fait partie de la république serbe de Bosnie. Cette ville est frontalière au Monténégro, notre prochaine étape. Trebinje est différent de ce qu’on a pu voir à Mostar et Sarajevo. Ici, pas de traces d’impacts de balles sur les bâtiments et aucunes ruines. A croire que la guerre n’a pas eu lieu. Pourtant, elle a bel et bien fait des dégâts. L’expulsion des bosniaques musulmans en fait une ville majoritairement serbe. Les ruines des bâtiments endommagés ont été rasées pour des raisons de salubrité. Seuls quelques édifices religieux, comme la mosquée Osman Pacha Resulbegović, ont été restaurés.
Ce qui nous change également, c’est la langue et son écriture cyrillique dont on ne comprend pas un mot.
Nous découvrons un centre-ville charmant, entouré de montagnes majestueuses. Nous montons au sommet de la colline Crkvina (405 mètres d’altitude). En haut, on y trouve un âne, des lapins, des paons, et des poules. Mais surtout, le monastère Gračanica d’Herzégovine, dont l’intérieur est chaleureusement décoré.
Et nous retournons en ville par le pont en pierre (anciennement nommé) Arslanagić, détruit en 1574 durant l’occupation Ottomane. Ce pont était à l’origine situé 4 kilomètres en amont de son emplacement actuel. Il fut partiellement endommagé durant la seconde guerre mondiale, et fut noyé en 1965 sous les eaux du lac Gorica à la construction d’un barrage hydroélectrique. À la demande de l’Institut de protection des monuments culturels, le pont fut démonté et remonté à 1 km du centre-ville. Suite au nettoyage ethnique en Bosnie en 1993, son nom (d’origine truc) est abandonné et il est renommé le pont Perović.
Nous rentrons de notre journée de reprise motivés comme au premier jour. Et demain nous dirons au revoir à la Bosnie-Herzégovine pour partir à la conquête du Monténégro !






















































































Mc do is always there everywhere...!!!